Mais ou se situe l'énigme ? «… seuls non médecins admis d’emblée au directoire …», sur ce point Madame la Ministre va pouvoir donner la réponse puisque c’est par sa volonté que le Président de la CSIRMT est membre de droit du directoire. Et nos rapporteurs de poursuivre : « Ils sont également les seuls directeurs qui ne peuvent être issus du corps des directeurs d’hôpitaux ». Pour ma part, j'aurais écrit, bien volontiers, que ce sont les seuls directeurs, issus de la filière soignante, qui peuvent devenir Directeur d’hôpital, c’est différent et pas ambigu, j’oserais même en être fier !
Encore plus loin dans le rapport, l’énigme se poursuit : « Les directeurs des soins appartiennent au Directoire en tant que président de la commission des soins, en tant que représentant de 70% des effectifs de l’établissement, au nom de leur expertise et donc non pas en tant que Directeur ». Cela me fait penser à Shakespeare « être ou ne pas être » ; suis-je Directeur ou Président de la CSIRMT ? Mais si je ne suis pas directeur des soins, coordonnateur général des soins, je ne suis pas président donc je suis aussi directeur, CQFD ! Et voilà une autre partie de l’énigme résolue.
Soyons sérieux et objectifs ; l’énigme de la nouvelle organisation ne se situe pas au niveau des Directeurs des soins mais davantage dans la capacité de tous les acteurs médicaux et administratifs à appréhender un nouveau concept d’organisation. Depuis la création de leur corps professionnel, les directeurs des soins ont toujours montré leur capacité à se remettre en question. C’est d’ailleurs surement aussi pour cela que la fonction demeure et demeurera, n’en déplaise à certains.
Pour poursuivre, dans la lecture du rapport arrive le passage sur l’autorité hiérarchique: « Ce rôle, comme on l’a vu, est essentiellement transversal, respect des règles liés à la qualité des soins, repérage des potentiels, management de projet transversaux d’amélioration de la prise en charge. Pourtant, ils conservent leur rôle hiérarchique sur l’ensemble des personnels soignants ». Voilà, l’objet du mal est posé sur la table : l’autorité hiérarchique, et vous aurez remarqué combien le rôle du directeur des soins est exprimé d’une manière réductrice afin que le lecteur ne puisse qu’adhérer. Accordons à la décharge des auteurs que le référentiel métier et le nouveau statut des directeurs des soins étaient en cours d’élaboration. Je ne peux qu’espérer qu’à leurs lectures les auteurs auront compris qu’il est difficile d’assumer certaines responsabilités sans réel pouvoir d’agir.
Pour terminer cet éditorial avec plus de hauteur, je pense que la véritable énigme se situe davantage dans l’avenir de l’hôpital public et le rôle que l’on veut lui donner au sein du système de santé. Cette vision est sans doute plus ambitieuse et plus porteuse d’avenir que celle de regarder l’hôpital par le petit bout de la lorgnette, en stigmatisant un corps professionnel dont l’ambition est de vouloir donner du sens, de l’équité et de la reconnaissance aux soignants infirmiers, de rééducation et médico technique, dans le cadre de l’amélioration continue des prises en charge et dans le respect des valeurs de l’hôpital public.
JM Grenier
Le tableau est de Gustave Doré et s'intitule : l'Enigme